Mémoire DNSEP Quels régimes artistiques pour les mutations anthropologiques de notre temps ? est le mémoire que j’ai écrit pour mon Diplôme national supérieur  d’expression plastique. Il est illustré et compte 248 pages. Il a été dirigé par Corinne Le Néün. Il devrait bientôt faire l’objet d’une publication grand  public. En voici le propos liminaire :  L'accélération soutenue des innovations technologiques, « exponentielle » particulièrement dans le secteur des télécommunications, permet à une  communauté croissante d'êtres humains, l'accession à de nouvelles facultés perceptives. Les frontières géographiques s'émoussent avec l'essor de la  téléprésence. La variété des régimes existentiels entretenus au cours de l'histoire de notre espèce nous permet de souligner la fluctuation des  caractères qui définissent la condition humaine. La finitude ne semble plus la caractériser en certains domaines : la stérilité, des maladies longtemps  considérées incurables, le vieillissement des organes sont désormais réversibles ou en voie de l'être ; la mort elle-même, différée, en tout cas pour les  plus fortunés. Ces transformations comportent des implications éthiques déterminantes. Nous sommes aujourd’hui au seuil d’une discontinuité historique majeure : parmi l’élite technoscientifique, de nombreux individus appellent des mutations anthropologiques si vives qu’elles entraîneraient une vague de  néo-spéciation au sein du genre Homo. La fin des années 1990 et le début des années 2000 ont été marqués dans le paysage politique par l'apparition  de nombreux comités d'éthiques et de think tanks, soucieux d'évaluer l'impact de ces technologies, aussi bien en Europe qu'outre-Atlantique. Les débats qu'ont fait naître le développement des NBIC (sigle qui désigne les recherches transdisciplinaires menées autour des nanotechnologies, des  biotechnologies, des technologies de l’information et des sciences cognitives), ont réhabilité l’idée de nature humaine dans les discours entretenus par  les philosophes contemporains. Ceux-ci, nourris des dernières découvertes en éthologie, en anthropologie et en sociologie, ont favorisé le déplacement  de ce concept vers des horizons politiques divers, alors qu'il était auparavant ancré dans des idéologies de droite et employé afin de légitimer des  politiques conservatrices. La fortune relative dont bénéficie le concept aujourd’hui est largement imputable aux développements de l'écologie. En  exemplifiant les relations d'interdépendance qui existent entre les êtres vivants, en montrant la précarité des écosystèmes nécessaires à leur maintien,  elle a contribué à la maturation de comportements plus sensibles à la biosphère et à véhiculer une représentation plus consensuelle de notre propre  espèce, dont le souci empathique semble désormais consubstantiel. Comment les artistes réagissent-ils aux différents discours portant sur la condition et la nature humaines ? Quels échos renvoient-ils eux-mêmes à ces  discours ? Par quels moyens ? La période contemporaine n’est plus scandée par la succession de groupes d’artistes coalescés en avant-gardes dont les actions le siècle dernier  étaient aussi décisives qu’irrémédiablement courtes. La radicalité des mouvements artistiques du XXe siècle s’est diluée et leurs pratiques d’alors, quand elles sont à présent imitées, ne partagent pas leurs axiomes ou seulement superficiellement. Malgré les transformations phénoménologiques profondes  que nous traversons en ces temps troublés, les styles se maintiennent avec une remarquable ténacité. Ils s’expriment à travers de nouvelles stratégies  d’inspection du réel. « Le problème n’est plus d’élargir les limites de l’art, mais d’éprouver les capacités de résistance de l’art à l’intérieur du champ  social global […]. » C’est une nébuleuse de nouvelles pratiques qui s’instaurent, la plupart marquées par le désir commun des artistes de participer à  une entreprise d’accroissement des connaissances, qu’elles soient de nature sociale, historique, politique, ou qu’elles renvoient à des sujets très  spécifiques (nous le verrons) comme la télécommunication, l’évolutionnisme, la biologie moléculaire, la géologie, ou encore la physique des particules.  Art relationnel, art Internet, arts-sciences, art corporel etc. Leur description constituera le corps de cet essai mais nous les inscrirons dans une trame  plus large, portant sur l’évolution des paradigmes scientifiques, et les nouvelles ontologies qu’ils déploient. Quels régimes artistiques pour les mutations anthropologiques de notre temps /                                  248 pages / 15,5X24CM