Global Trends Adaptation Global Trends Adpatation est un récit de prospective (que vous pouvez lire en cliquant ici), nourri d’éléments documentaires et élaboré en m’inspirant  d’un rapport publié par Le National Intelligence Council, une agence de renseignement fédérale américaine. Elle vise à informer la classe politique  étatsunienne des paradigmes géopolitiques internationaux. Elle s'acquitte de cette mission gouvernementale en publiant régulièrement des rapports  accessibles aux non-initiés, dépouillés et prétendant à l'impartialité, obtenus grâce au concours d'experts internationaux académiques et privés. Global Trends est le rapport émis par le conseil au futur président des Etats-Unis au cours de la période séparant le jour de son élection de celui de sa  prise de fonction. Coécrit par des fonctionnaires au statut singulier, celui de futuristes, il est censé fournir au nouveau locataire de la Maison Blanche,  des scenarii géopolitiques potentiels dans une fenêtre temporelle d'environ quinze ans. Sa cinquième itération, Global Trends 2030, a été rendue  publique au mois de décembre 2012. En introduction, les auteurs stipulent qu'ils "ne cherch[ent] pas à prédire l'avenir - ce qui constituerait une tâche  impossible - mais d'offrir à la place un espace pour penser des futurs possibles et leurs implications." J'entretiens avec ma modeste contribution le  même objectif, avec toutefois une différence : la volonté de ne pas produire seulement de la pensée mais aussi des images, de singulariser mes  pronostics, sans parier sur leur concrétisation, en leur attribuant des données spatio-temporelles précises, et en les échafaudant sur la description  d'événements contemporains ; le but ici est de produire une fiction séduisante pour qui aimerait réfléchir aux enjeux tendus par cette décennie et la  suivante. Dans la préface, il est écrit que notre présent rappelle des périodes de transitions majeures de l'Histoire - les années 1815, 1919, 1945 et 1989 étant  prises pour exemples. Des scénarii écrits, aux conclusions contradictoires, quelques constantes apparaissent : le déclin du rayonnement politique et  économique des Etats-Unis et de l'Europe, la mutation du système politique chinois, la diffusion du pouvoir à des acteurs non-étatiques. Ces conclusions sont obtenues par la corrélation de plusieurs phénomènes : dans vingt ans plus de la moitié de la population mondiale pourrait accéder à la classe moyenne, obtenir une meilleure éducation et être connectée au réseau mondial. Dans le même temps des innovations technologiques  devraient bouleverser l'économie internationale : les télécommunications permettraient la stimulation des cinq sens ; les technologies de prototypage,  l'intégration de composants électroniques ; certains organes pourraient même être stéréolithographiés, contribuant ainsi aux nombreuses innovations  médicales favorisant un vieillissement déjà engagé des populations des pays développés économiquement ; la création de biotechnologies devenant  financièrement accessible - même éventuellement dans des workshops en self-service - celles-ci seraient l'objet d'une surveillance accrue ; enfin les  états pourraient être concurrencés politiquement par des administrations moins centralisatrices. La fiction que j’ai décrite met en scène un éthologue, philanthrope et voyageur, partant à la rencontre d’acteurs prépondérant de l’activité socio-  économique et politique internationale. Il voyage à l’aide d’un planeur qu’il a construit avec ses propres moyens. Le monde qu’il habiterait intensifierait les mutations anthropologiques induites par la démocratisation actuelle de nouveaux paradigmes technologiques.  Alors que les villes croîtraient en superficie, et que les zones géographiques les délimitant s'étioleraient, de grandes conurbations apparaîtraient.  L'emploi des technologies renouvelables permettrait d'intégrer l'offre énergétique au sein des mégalopoles. Les fermes verticales et les techniques de  synthèse de produits carnés favoriseraient la décentralisation des espaces de production agroalimentaire, eux-mêmes greffés au réseau urbain. La  démocratisation des technologies de prototypage finaliserait la tertiarisation des entreprises productrices d'objets manufacturés. Les consommateurs  deviendraient des utilisateurs de prestataires de service : ils fabriqueraient  désormais la majorité des objets utilitaires directement chez eux ou chez un  détaillant qui stéréolithographierait leur design ou celui dont ils auraient acheté la licence. L'économie se serait donc pour une large part continentalisée. Les voyages internationaux seraient devenus presque exclusivement motivés par le tourisme. La disparition annoncée du monde rural entraînerait l'institution de réserves naturelles, qui permettraient de sanctuariser ce qu’il reste de nature. Elles  accueilleraient les thuriféraires du tourisme vert. *** L’écriture de Global Trends Adaptation m’a servi de socle conceptuel pour créer plusieurs œuvres, qui sont évoquées en annexe dans le livret dédié. Elle a donné lieu à la réalisation d’un décor d’environ sept mètres sur trois, où sont représentés les principaux lieux de l’action. Le design du planeur du  protagoniste peut évoquer alternativement une arbalète ou un animal marin. Il suit donc une ligne esthétique proche de l’art nouveau, dont les  représentants en leur temps avaient cherché à exalter le dynamisme et la mobilité accrue offerts par la modernité, tout en regrettant simultanément, la  distanciation du monde naturel imposé par l’industrialisation galopante. Cette polarisation esthétique fut à l’origine de l’abandon du biomorphisme par les derniers tenants de l’art nouveau qui préférèrent l’abstraction constructive. Aujourd’hui, les potentialités nouvelles offertes par les technologies de  modélisation 3D et les logiciels évolutionnaires bousculent les paradigmes d’efficacité structurelle ouverts par le XXe siècle, et le biomorphisme retrouve  ses lettres de noblesse (notamment avec l’architecture morphogénétique). Le design du planeur en est l’exemple. L’ensemble fut présenté dans le cadre de l’exposition ONS, ouverte du 31 janvier au 23 février 2013, à YGREC, la galerie de l’ENSAPC, sise dans le XIIIe arrondissement de Paris.  Les éléments de la maquette du planeur ont été réalisés par découpage laser, grâce à l’accueil du laboratoire de fabrication de l’Université de Cergy-  Pontoise, le Fac Lab de Gennevilliers. Les Fab Lab mettent à disposition du public, comme le firent certaines coopératives du XIXe siècle avec des outils plus rudimentaires, des machines à commande numérique. Ils permettent de fournir un cadre où expertises et techniques industrielles peuvent être  partagées et améliorées. Travailler au sein d’un Fab Lab était pertinent en regard de mon engagement au sein de l’Atelier de Recherche et de Création  Objet Non Standard, cherchant à définir de nouvelles modalités de collaborations transdisciplinaires arts-sciences. Décor, impression numérique sur des lais de papier mat ; à gauche : Survols de cristaux / 685X310CM