Pour accéder aux pièces, cliquez sur l’une d’elle. En 2011, mon intérêt critique pour la résurgence du dualisme dans les discours des chantres du transhumanisme m'a amené à signaler ses différentes occurrences dans l'histoire : dans le discours scientiste qui structure la philosophie des Lumières, les débuts révolutionnaires du républicanisme et  l'utilitarisme anglo-saxon. Ces recherches m'ont également  conduit à étudier le positivisme et l'empirisme logique, même si je n'ai pas traduit plastiquement ma curiosité pour ces deux mouvements historiques. Dans un second temps j'ai  identifié des sectes dont la fondation est encore récente, et qui professent une croyance aveugle dans des technologies qu'elles considèrent comme les médiateurs de leur  émancipation spirituelle. J'ai ensuite proposé de me pencher sur l'art de la mémoire, en montrant qu'une large partie de l'organisation de nos savoirs a dépendu de son évolution.  J'ai ensuite souligné le bénéfice moral que nous pourrions gagner à prendre plus profondément conscience des racines que les technologies de l'information et en particulier  Internet, prennent dans l'art de la mémoire et son patrimoine humaniste. Transitions économico-sociales et des régimes existentiels La transition d'une société à de nouveaux régimes énergétiques et communicationnels engendrent de nouvelles consciences historiques (au sens hégélien). En complexifiant les  structures sociales, elles favorisent l'individuation et la création de relations interpersonnelles empathiques. Ces changements sociétaux sont produits et s'accompagnent par des  modifications d'ordre épistémologique, de nature politique, philosophique et plus généralement dans les sociétés modernes, scientifique. La mutation de nos ontologies (la mutation des entités que nous accordons au réel), entraine notre modification gnoséologique (la perception que nous avons de ces entités) et  obligent un changement de notre régime existentiel (des finalités humaines que nous fixons au déploiement de notre existence).  Chaque époque a produit des attitudes morales  différentes. Celles-ci dépendent de l'évolution des institutions humaines et des arrangements culturels. L'épistémologie comme stratégie d'investigation  La politisation des enjeux de la recherche scientifique dans l'histoire du XXème et du XXIème siècles  nous amène à considérer  l'histoire des sciences. Selon Thomas Kuhn, l'histoire des sciences est scandée par une série de révolutions. De nouvelles découvertes permises par l'utilisation d'outils d'observation et d'expérimentation plus complexes ou la prise en compte de données jusqu'ici ignorées amènent le corps scientifique à remettre en cause des théories jusqu'ici admises comme vraies. Elles sont alors remplacées par de  nouvelles hypothèses dont les pouvoirs explicatifs et synthétiques sont supérieurs. Trois registres discursifs innervent la philosophie des sciences : le réalisme fixe les théories scientifiques comme des descripteurs exacts du réel ;  l'empirisme place l'expérience  sensible comme l'origine de toutes connaissances (qui sont considérées vraies dans la limites des découvertes permises par les innovations épistémiques) ; le logicisme admet  que chacune des assertions faite au sujet du réel sera amenée à être supplantée par de nouvelles formalisations plus efficaces dans leur description des phénomènes mais  toujours approximatives.  L'empire du réalisme n'est jamais tout à fait réalisé par la société dans son ensemble mais les modifications épistémologiques modifient tout de même en profondeur le langage.  Ces changements sont les plus marqués lorsqu'a lieu une transition énergétique et communicationnelle. Jeremy Rifkin associe les cultures orales à la conscience mythologique,  les cultures écrites à la conscience théologique, les cultures imprimées à la conscience idéologique  et les cultures électroniques centralisées de première génération à la  conscience psychologique. Toutefois toutes les régions géographiques ne bénéficient pas du même niveau de développement technologique ou des modèles politiques et de subjectivations associés et  adoptent des paradigmes qui prédatent ceux de la période historique qui leur est contemporaine. Quels sont les espaces conceptuels colonisés par le dualisme ? En 2011, j'ai cherché à procédé à un travail d'identification du dualisme dans la pensée rationaliste. La pensée des Lumières partage avec la pensée théologique une conception  désincarnée de l'existence. La perspective dualiste de la philosophie cartésienne est héritée de l'Eglise. En effet, dans la théologie des religions abrahamiques, Dieu, une entité  supra-réelle et immatérielle règne sur la Terre, qu'il a créée et a donné vie aux sujets et aux animaux qui l'occupent ; dans la Genèse, Adam et Eve, vivent dans une réalité  alternative nommée Eden et sont immortels, mais en désobéissant à Dieu par luxure, en goûtant à la pomme "interdite", ils sont déchus de leur statut et sont réduits à vivre sur  Terre, où leur vie est limitée dans le temps, leur corps corruptible, et l'horizon de leur connaissance infiniment réduit ; c'est à travers la réminiscence qu'ils auront dorénavant un  accès singulier, personnel, avec Dieu (ce registre dialectique est directement héritée de Platon et de Plotin). Descartes perçoit deux réalités fondamentales et antagonistes : celle du corps et celle de l'esprit. Il considère que l'essence des êtres humains (ce qui fonde leur humanité et les  distingue du règne animal) réside dans la capacité de l'esprit à mobiliser une pensée rationnelle. Si l'esprit est capable de jugement c'est en discriminant ses impressions  sensorielles. Toutefois, il excluait des sens et des percepts toute la part d'"incertitudes" de l'expérience physique, l'irruption constante des émotions et des sentiments, chaotiques  et imprévisibles. L'éthologie et la psychologie n'apparaitraient qu'au XIXème siècle, deux siècles après le Discours de la méthode (1637) de Descartes. Il était impossible à  Descartes de reconnaître l'existence de cultures animales, ou encore moins d'instincts ancrés dans le psychisme des êtres humains. Toutefois Descartes a laissé un héritage durable à la philosophie des Lumières, aux positivistes et à l'empirisme logique. Etudions ces relations. Les Architectures-spectres Avec la série des Architectures-spectres, j'ai exposé des projets architecturaux de Etienne-Louis Boullée et Jeremy Bentham comme des signes patents des dérives irrationnelles  causées par l'exploitation politique des discours scientifiques des XVII et XVIIIème siècles. Etienne-Louis Boullée, le républicanisme et le culte de la Raison Etienne-Louis Boullée a participé activement à la Révolution française en tant qu'académicien. Ses projets inscrivaient le néoclassicisme au service de la pensée des Lumières et  de la Révolution. La spécificité de son architecture réside dans son recours systématique à des volumes géométriques purs et massifs portés à des échelles monumentales. Son  Cénotaphe à Newton est un exemple typique de son style. Il aurait pris la forme d'une sphère de 150 mètres de diamètre, couronnée de   cyprès. Il aurait abrité une réplique du  système solaire susceptible d'être utilisée comme modèle d'enseignement de la mécanique céleste et de la gravitation universelle, formalisées par Newton. Newton a participé à la  modernisation de la Royal Society en Angleterre, et a opéré en tant que personnage historique la synthèse entre l'alchimie et la mécanique céleste. Pour les élites intellectuelles  européennes, des Lumières et des francs-maçons, il était considéré comme un géomètre divin. Le culte de la Raison instauré par Jacques-René  Hébert (un révolutionnaire  jacobin) vise à sacraliser la pratique scientifique en sanctifiant ses plus grands génies. Il permet à la manière du culte de l'Etre suprême, mis en place par Robespierre, de conférer aux motivations républicaines de la Révolution une légitimité transcendantale. Il réifie les grands scientifiques de l'histoire, en leur donnant le statut de grands initiés, comme les  prophètes de l'Ancien Testament et du bouddhisme. L'héritage des Lumières : le positivisme Le positivisme, une doctrine philosophique de nature empiriste, développée initialement par Auguste Comte (ayant essentiellement vécu dans la première moitié du XIXème siècle), élève du comte de Saint-Simon, a connu au cours de son histoire le même déclin idéologique. Suite à une dépression, son principal instigateur, Comte, décide de créer une  religion dédiée à l'humanité et qui vise à la célébration du génie humain et en particulier du génie scientifique. L'héritage qu'il a laissé à l'école du Cercle de Vienne (l'empirisme  logique, un mouvement scientifique du XXème siècle) est déterminant. Frege énonce par exemple que préexiste dans notre identité personnelle des caractères dépassant les seuls critères psychologiques, corporels et relationnels : il s'agit de concepts "éternels" comme les lois de Pythagore, où celles de Thalès. Ces contenus de pensée n'ayant pas changé  depuis la Grèce Antique, il postule leur existence indépendamment de celle d'un sujet présent pour les formaliser. Cette sensibilité témoigne de l'actualité encore vivace du  dualisme parmi les élites scientifiques du début du XXème siècle. Jeremy Bentham et l'utilitarisme Mais revenons au XVIIIème siècle. Pour les architectures-spectres j'ai aussi figuré le panoptique de Jeremy Bentham. Le panoptique a été conçu comme la concrétisation politique  et sociale des préceptes éthiques de l'utilitarisme, une autre itération du dualisme cartésien. Le panoptique est un espace carcéral imaginé par Bentham. De section cylindrique, il  contiendrait des cellules disposées sur le pourtour intérieur du bâtiment. Du centre se dresserait une tour de garde, permettant à un gardien de contrôler les prisonniers,  incapables de savoir s'ils sont surveillés, et donc contraints d'adopter le comportement requis à leur réinsertion sociale. Bentham pense pouvoir adapter le modèle du panoptique  aux usines de sorte à permettre une coordination plus efficace des ouvriers. Son projet de panoptique s'intègre de manière plus générale à la philosophie utilitariste dont il est le  fondateur. Bentham pensait que c'était notre nature qui motivait notre espèce à rechercher le bonheur, à maximiser nos plaisirs et minimiser nos souffrances. Naturaliser la  recherche du bonheur, oblige l'Etat dans l'éthique utilitariste, à pourvoir au bonheur du plus grand nombre indépendamment de toutes implications morales. Une population servile mais heureuse remplirait les objectifs que Bentham s'était fixé. Dans ces conditions, pourvoir au bonheur du plus grand nombre peut contrevenir à celui d'une minorité dont les  intérêts sont opposés. Pour y remédier, Bentham entendait procéder à calcul utilitariste des conséquences des choix de l'Etat. Dans le cadre d'une pensée individualiste, où nous  chercherions à promouvoir notre intérêt personnel sur celui des autres, la pratique du calcul utilitariste relèverait de sociopathie aggravée. La philosophie de Bentham oppose deux notions anciennes, celle du Bien et du Mal, dans une cosmogonie réductrice et consensuelle. Il pensait pouvoir améliorer indéfiniment la société grâce à de nouveaux dispositifs  de surveillance et d'ingénierie sociale. Comme souvent dans les inventions utopiques des Lumières, des françs-maçons, des saints-simoniens et des positivistes, ce sont les  sciences et les objets technologiques qui permettent l'avènement de nouvelles sociétés progressistes, dont l'organisation nouvelle permet la perpétuation infinie d'un nouvel état  des choses. Archaïsme et déisme dans les sociétés modernes et progressistes Au XVIIIème et XIXème siècles, tous ces mouvements philosophiques et culturels ne sont tous pas matérialistes ; la plupart sont déistes. Les technologies introduites par la Révolution industrielle seront conçues par ces mouvements comme une façon de nous rapprocher davantage de l'harmonie cosmique fixée par Dieu ou le "Grand Géomètre". La colonisation  et l'intérêt qu'elle stimulera chez les populations occidentales pour le paganisme des autres régions du monde et l'avènement de la psychologie ouvriront la voie royale au  spiritisme. Il apparaît au même moment que la télégraphie. En effet les parasites émis sur les ondes des télégraphes sont alors interprétés par une part de la population  américaine versée dans le mysticisme, comme étant l'expression d'esprits. La table tournante est originellement appelée "télégraphe spirituel". Technophiles impénitents Dans une seconde partie de mon travail, j'ai cherché à identifier des avatars contemporains de la sacralisation de l'objet technique. A chaque innovation technoscientifique, de  nouvelles régions du savoir sont construites mais des mystères demeurent. Ils sont généralement investis du sacré par les sujets dont les croyances ont été mises en cause par la  création de ces nouveaux savoirs. J'ai choisi trois gurus de sectes contemporaines que j'ai identifiés comme "Technophiles impénitents". L'expression introduite par Simondon,  caractérise justement les individus qui espèrent tirer des profits irrationnels des nouveaux outils technologiques, comme l'immortalité, ou l'accès à des réalités transcendantales et  métaphysiques. Par ordre de naissance : 1. Lafayette Ronald Hubbard, auteur de science-fiction, fondateur de la scientologie. L. Ron Hubbard professe la dianétique, des techniques d'"éveil spirituel" permises par  l'hypnose. L'Eglise de scientologie avance que les sujets humains sont en réalités des descendants d'esprits extraterrestres inséminés dans les cerveaux des premiers hominidés. 2. Marshall Applewhite, fondateur de la secte Heaven's Gate. Marshall Applewhite a imaginé une cosmogonie inspirée de l'Apocalypse de Jean l'Evangéliste, des expériences  d'isolement sensoriel tentée au New Age et des mythes d'enlèvements extra-terrestres populaire aux Etats-Unis. Il estimait que les êtres humains vivaient dans une réalité virtuelle  générée depuis un vaisseau, en réalité la comète de Halley. 3. Shoko Asahara, fondateur de la secte Aum Shinrikyō. Shoko Asahara était captivé par les techniques de méditation bouddhistes. Il pensait pouvoir reproduire des états  méditatifs grâce à des casques neuronaux stimulant les mêmes parties du néo-cortex que celles activées par les moines bouddhistes. Il était, tout comme Applewhite épris de  l'eschatologie chrétienne, et souhaitait provoquer un Armageddon contre le gouvernement japonais qu'il jugeait corrompu. Pour avoir plus de détail sur chaque individu, rendez vous à la page réservée aux Technophiles impénitents. Le danger transhumaniste Identifier ces figures historiques qui ont instrumentalisé la recherche et la spéculation scientifique à des fins religieuses a été entrepris dans un désir de prévenir de nouvelles  résurgences de mysticismes de type scientistes. Que penser de certaines franges radicales du transhumanisme par exemple, dont les motivations eschatologiques sont  ouvertement énoncées ? Une part des transhumanistes, qui se sont baptisés "singulitariens", estiment que l'avènement d'une "Intelligence Artificielle Générale" est imminente. Ils  estiment aussi qu'elle permettrait d'accélérer exponentiellement le développement technoscientifique, à un stade, la singularité technologique, à partir duquel l'humanité n'aurait  plus les capacités intellectives suffisantes pour comprendre le déroulement des avancées technologiques. Il lui serait donc nécessaire de se doter d'implants neuronaux ou  d'autres appareils intrusifs leur permettant de rester en phase avec l'évolution technologique. Une technique pour lutter contre le dualisme : l'art de la mémoire Les parties suivantes sont dédiées à la description de l'art de la mémoire antique, scolastique et ses avatars plus contemporains. La partie dédiée à l'époque antique, médiévale et renaissante sont essentiellement due à ma lecture du livre de Frances Yates portant sur l'art de la mémoire et au titre éponyme. Origine Cicéron fonde la mémoire comme une des cinq parties de la rhétorique dans son ouvrage intitulé De Oratore publié en -55. Mais avant le Premier triumvirat, la mémoire avait déjà  été instituée comme art par Simonide, un poète lyrique grec qui a vécu au VIème et Vème siècle avant l'ère chrétienne. Simonide estimait que le développement de la mémoire  visuelle et spatiale était essentiel à l'ordonnancement des souvenirs. Sa théorie rencontra un vif succès puisqu'il prétendit avoir été sauvé par Castor et Pollux d'un sinistre survenu à un banquet où les invités trouvèrent tous la mort. Il comprit qu'il pût indiquer aux parents des victimes où se trouvaient les cadavres de leur proches puisqu'il se souvenait de leur disposition dans la salle. Les règles de l'art de la mémoire sont construites sur les conclusions de Simonide. Elles reposent sur l'association d'images allégoriques à des espaces mentaux qui font  référence à des lieux réels ou imaginaires. Les règles vont jusqu'à décrire la nature des images employées, qui doivent être "frappantes" pour mieux imprimer la mémoire :  fonctionner comme des rébus, représenter des évènements violents ou des objets à la beauté indicible et abstraite. Les lieux de mémoire, ces espaces intérieurs, doivent être  éclairés de manière égale, être à échelle humaine, avoir une architecture peu itérative de sorte à ne pas oublier un passage de ce que nous souhaitons enregistrer. Cette stratégie permet de replacer les choses ou les mots mémorisées à l'aides des images dans l'ordre souhaité du discours, les lieux de mémoire étant traversés selon un parcours déterminé.  Il est probable que ce soit ces techniques qui ait instituées toutes les métaphores spatiales qui existent dans le langage : nous "saisissons" une idée, "perdons pied", "effleurons un sujet", cherchons à comprendre différents "niveaux" de discours , à débusquer une "faille" dans un argumentaire etc. Deux visions de l'art de la mémoire seront mis au service de la rhétorique, celle de Cicéron, conforme aux canons grecs et celle de Quintilien, qui souhaitait moderniser l'art de la  mémoire en recommandant de cultiver suffisamment sa mémoire visuelle de sorte à pouvoir se souvenir du texte dont nous souhaitons nous souvenir comme s'il était sous nos  yeux et donc parler comme si nous lisions.  Postérité à la période scolastique Aristote ne parle que brièvement de l'art de la mémoire dans ses textes mais recommande son utilisation. Son positionnement est capital pour la postérité dont bénéficiera l'art de  la mémoire au Haut Moyen Âge. Son soutien s'oppose au dédain qu'aura Platon pour les techniques mnémoniques. Pour Aristote les impressions sensorielles sont la source  fondamentale de toutes les connaissances. Bien que l'intellect les transforme en abstractions, il ne pourrait exister de pensées ou de connaissances sans elles. Aristote considère  que les connaissances sont le fruit de l'expérience. L'empirisme scientifique prendra sa source dans la scolastique des XIIIème et XIVème siècle qui met en pratique la philosophie  aristotélicienne. A la période scolastique, l'exégèse des textes sacrés devient la forme privilégiée du passage de la foi. Platon à l'inverse, croit que la connaissance du divin est  innée dans la mémoire. Il croit qu'il existe une connaissance qui ne dérive pas des impressions sensorielles, qu'il y a, latents dans notre mémoire, les formes ou les moulages des  Idées, des réalités que l'âme connaissait avant sa descente sur Terre. La mémoire devrait donc être pratiquée selon lui en rapport avec les réalités supérieures, c'est à dire à  travers la découverte d'un réel objectif. Il passerait par l'étude des seuls objets humains qui soient pérennes et dont l'artifice ne dénaturerait pas le réel puisque directement hérité  des dieux, les mathématiques et l'écriture. Il critique négativement l'utilisation métaphorique de la mémoire artificielle puisque, bien que renvoyant au réel, elle a recourt à sa  transfiguration pour fonctionner. Une transfiguration s'opérant selon des critères qui sont ceux d'individus à part entière. Dans son De Inventione, Cicéron, connu au Moyen Âge sous son nomen Tullius, donne les définitions des vertus et de leurs parties. Il s'agit de la source principale de ce que l'on  appela plus tard les quatre vertus cardinales : la Prudence, la Justice, la Constance et la Tempérance. Tullius caractérise la Prudence par trois sous-parties : la memoria,  l'intelligentia et la providentia. Albert le Grand et Thomas d'Aquin trouveront au XIIIème siècle la justification éthique à l'engouement d'Aristote pour l'art de la mémoire. Ce revirement philosophique du pouvoir religieux va induire un renouveau des codes esthétiques : les compositions bidimensionnelles faisant référence au monde des Idées de  Platon vont être remplacées par des œuvres représentant des scènes religieuses dans des espaces tridimensionnels figurant un ensemble de lieux de mémoire. Les studioli de la Renaissance A la renaissance, l'art de la mémoire va connaître une postérité émancipée des impératifs religieux auquel il était soumis durant la période scolastique. Les studioli, des espaces  privés dans lesquels aristocrates et apothicaires reconstituent leur cosmogonie singulière et parmi lesquels nous trouvons, triés en des catégories qui sont séparées spatialement  à l'intérieur du cabinet, des naturalia (des objets provenant du monde "naturel"), des artificialia (des œuvres d'art et d'artisanat) et les scientificae (des instruments d'observation  scientifique). Epoque moderne Au XVIIème, Leibniz développe les règles des premiers algorithmes grâce aux systèmes combinatoires de la Renaissance comme ceux de Giordano Bruno, issus de la Kabbale et  de l'art de la mémoire. Au XVIIIème siècle, les premiers musées créés en France pour redonner au peuple le patrimoine culturel dont l'avait exclu l'aristocratie, sont construits sur les modèles des studioli. Epoque postmoderne et contemporaine Enfin au XXème siècle, les neurocybernéticiens codent des programmes informatiques symboliques (les algorithmes), pour développer l'intelligence artificielle. L'art de la mémoire a donc eu des ramifications très importantes sur la pensée scientifique, aussi dans les sciences dures que les sciences humaines. Les algorithmes nous permettent en étendant la pratique des mathématiques à tous les secteurs de la logique de trouver une issue humaniste et morale aux problèmes sociétaux  contemporains. Il suffit de se rendre compte de l'apport considérable à la recherche permis par la démocratisation d'Internet, le tri systémique et automatique, et la mutualisation  des connaissances. Internet en lui-même offre un environnement dont les usages ne sont pas si différents des espaces imaginés par les praticiens de l'art de la mémoire, qui sont  immatériels et déterritorialisés.